02 janvier 2005

Ils se trouvaient à 5 centimètres de la moquette, la sensation de perte d'équilibre était intense, il chavira. Mais il n'heurta pas le sol, sa chute se fit au ralenti et il se retrouva la tête face contre terre. Il pouvait voir les détails des bouclettes synthétiques du revêtement, il essaya de reprendre contact avec la terre ferme de ses doigts. Ses membres étaient engourdis, il n'arriva qu'à l'effleurer du dos de sa main. La panique le gagnait, la lévitation n'est pas un phénomène courant, il se sentait comme un plongeur flottant entre 2 eaux. Mais ici c'était son appartement et pas un bord de mer !!! Il ne savait pas trop quoi faire, surtout que son corps ne semblait plus répondre correctement à ses ordres. Il effectuait une sorte de planche à l'envers, son corps lui semblait rigide, et ses bras restaient le long du corps sans effort apparent

A cet instant il commença à monter, insensiblement il pouvait voir le sol s'éloigner de lui.

- « Hééé !!! Stop !!! »

Les sons ne sortaient plus de sa bouche, « Au secours !!! A l'aide !!!»  Rien, pas un bruit, ses cordes vocales ne produisaient plus rien, il ne se rendait même pas compte s'il arrivait à entrouvrir les lèvres. Par contre il avait les yeux grands ouverts et ce qu'ils voyaient le terrifiait. Il se trouvait pratiquement dos au plafond à près de 2m50 du sol maintenant.

Le plafond offrit une certaine résistance à son corps, et la sensation de s'enfoncer dans de la matière inerte n'était pas agréable. Il étouffait, ou du moins avait l'impression d'étouffer, il sentait le plâtre, le béton et l'acier pénétrer dans ses chairs, tout son corps semblait fusionner avec la matière. Il le traversa de part en part pour se retrouver le nez au plancher du voisin du dessus. « La vache !!!  Mais qu'est ce qu'il m'arrive ?». Il réussi à légèrement tourner le regard à droite et à gauche et aperçu son voisin et sa femme tranquillement assis devant leur poste de télévision. « Hé vous deux, aidez moi… s'il vous plait !!! ». Peine perdue, il se rendait compte que ses plaintes et gémissements se passaient dans l'indifférence générale, et que personne ne le voyait.

La montée s'accélérait légèrement, il traversa le second plafond plus rapidement et le passage avait été nettement plus facile, cela ressemblait plus à de la mêlasse plutôt qu'a des matériaux durs. Il devait être au 5ème étage maintenant, l'appartement était vide, entièrement vide. « Mais oui, bien sur c'est celui qui est à vendre… ». Seule la clarté de la Lune baignait ces lieux, et rendait la scène fantomatique. Le plafond fut traversé très rapidement, tout devenait liquide, mais au moins indolore cette fois. Par contre au 6ème tout était sombre, il ne pouvait discerner aucun détail du lieu où il se trouvait. Il attendait que ces yeux s'habituent à l'obscurité, mais rien, aucun détail ne transparaissait plus. Ce n'était pas normal, le noir absolu n'existe pas !!!

Surtout qu'il avait perdu tout sensation de mouvement, de toute pesanteur. Seuls ces yeux s'emblaient encore le rattacher à la.. Vie ? Le temps ne semblait plus s'écouler. Combien de temps passé ? Combien de temps encore ?

Il ne sentait plus son corps respirer entre ses côtes, il ne sentait plus le contact de ses doigts entre eux, aucun membre ne répondait plus. Ses muscles, le sang dans ses veines, les battements de son cœur, tout était parti, désolidarisé de son âme. Le vide absolu, seul des pensées fugaces lui traversaient encore l'esprit.

-« C'est ça la mort ? »

- « Et la lumière intense ? et le couloir ?, que des conneries !!! » Il se mit à rire, enfin à penser qu'il riait.

- « Des charlatans tous ces gens qui étaient revenu de l'au-delà, les NDE quelle mascarade !!! ».

Il se surprit à penser à des choses si futiles alors que la situation était totalement hors de son contrôle, inimaginable, hors des lois physiques régissant le Monde.

-« Bon et maintenant, qu'est qu'on fait ? HéééHooo !!! Il y a quelqu'un ? Non… personne. Bon, que dois je faire maintenant, revoir toute ma vie au ralenti ? Faire le point avec moi-même, le bilan de mon existence ? C'est la première fois que je meurs, expliquez moi !!!» 

Il savait que cela ne servait à rien, mais cela lui faisait du bien de se parler.. enfin de penser. C'était tout ce qui lui restait. Cela empêchait la peur de l'envahir, et peut être qu'il éviterait ainsi de ne plus exister ?

-« La mort ce n'est pas si terrible après tout, mais bon… je ne vais pas tenir une conversation intéressante très longtemps avec moi-même. Je n'ai pas tant de chose à me dire que ça.»

Toujours ce ton ironique, pour l'instant c'est tout ce qu'il avait trouvé pour ne pas devenir fou, pour croire encore à son existence, en tant qu'être humain. Mais il sentait bien qu'il ne faisait que retarder l'inévitable. Son intelligence ne résisterait pas longtemps à ce traitement.

Ces élucubrations avaient durées un certain temps, une éternité peut être ? Sûrement pas, mais il sentit à un moment que son esprit ralentissait.

-« Mais… bon… ce n'est … plus drôle…Je… »

Il avait la sensation que chaque pensée était plus dure que la précédente. Les phrases devenaient impossibles à construire. Il ne se souvenait plus des derniers mots auxquels il avait pensé.

-« C'est ..….?…je …….fatigue…...hééé..…on…….. partir……..… ici…. »

Tout devenait incohérent, le passé disparaissait et il n'y avait pas d'avenir, le présent était en train de cesser de s'écouler. Le vide gagnait sur lui, au plus profond de son âme. Les quelques électrons qui, peut-être, restaient en lui étaient en train de se séparer…

-« C'est ………..la ………………………. Fin ?..... »

Posté par Bolki à 10:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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